Centre des Monuments Nationaux - Philippe Berthé

Nouvelle-Aquitaine, Gironde

Abbaye de La Sauve-Majeure

Entre fresques mythologiques et pierres dévorées par les herbes, les vestiges de l’abbaye promettent mille surprises aux aventuriers.

Où pierres et verdure se répondent.

O temps ! Suspends ton vol. Non loin de Bordeaux, à quelques pas de la ville de Créon, le flâneur pénètre dans une bulle où la temporalité semble capturée par une végétation folle. Ici gisent les vestiges de l’abbaye de La Sauve-Majeure, qu’abritent jalousement quelques arbres touffus. Elle fut construite entre le XI et le XIIIe siècle et semble ne pas avoir souffert de l’écoulement du temps. Si les toitures manquent, la majesté de l’ensemble reste intacte, tout comme son clocher depuis lequel vous jouissez d’une vue panoramique sur les habitations au loin et la mer verdoyante des prairies à son pied. Car tel est le paysage qui entoure aujourd’hui l’abbaye : de grandes plaines claires piquetées de fleurs des champs et, ça et là, quelques tâches boisées à qui le lieu doit son nom de Silva Major, « la grande forêt ». L’herbe pousse entre les pierres, nourrie par la Garonne et la Dordogne qui coulent à quelques kilomètres de là ; nature et architecture semblent dialoguer paisiblement.

Où pierres et verdure se répondent.

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Abbaye de La-Sauve-Majeure

Les petits habitants de l’abbaye.

Les heures n’ont plus cours ici, alors prenez le temps de déambuler entre les chapiteaux. Ceux-ci ont fait la réputation de l’abbaye car ils se lisent comme autant de livres illustrés. Silencieux et sauvage en apparence, le lieu se peuple pour le visiteur attentif de milliers de personnages qui habitent les modillons et les fresques. Tous sont exagérément excessifs, typiques de l’art roman et pourtant témoins d’influences multiples, entre religion chrétienne et mythologies orientales. Ainsi, vous observez des animaux fabuleux dont les gueules grandes ouvertes semblent menacer Adam et Eve, Abraham ou encore Daniel, pourtant si calme dans sa fosse aux lions. Lorsque le soleil décline et rase la pierre, les monstres antiques se font des plus expressifs : vous voilà épié par des griffons, des basilics, des sirènes aux grandes ailes de plumes. Comme pour mieux s’approprier la végétation qui l’envahit désormais, l’abbaye est aussi riche de sculptures d’inspiration végétale. Ses colonnes s’ornent de circonvolutions de fougères, de vignes et d’acanthes en hommage à Apollon, de pommes de pin stylisées. Bien que figées dans la pierre, ces sculptures offrent au lieu une vie inattendue.

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Quand l’abbaye reprend vie.

De là, sans doute, l’envie de faire de l’abbaye un lieu de passage, et pas uniquement pour les pèlerins lancés sur la route de Compostelle. Grâce aux volontaires des Amis de l’abbaye, elle revit et accueille des animations et spectacles tout au long de l’année. On imagine sans peine la dramaturgie singulière que la pierre dévorée par la végétation peut offrir à une pièce de Shakespeare. L’objectif reste pourtant de demeurer fidèle à l’histoire du lieu ; de là un jardin médiéval qui abrite un verger, un potager de légumes anciens, et où les bénévoles cultivent des plantes aromatiques et médicinales. Afin de valoriser son patrimoine, l’abbaye s’est également dotée d’un musée lapidaire exposant les vestiges précieux glanés au fil des restaurations successives. De quoi imaginer à quoi ressemblait le lieu dans ses jeunes années, lorsque sa beauté reposait encore sur le faste des objets liturgiques. Le temps a passé, mais la splendeur demeure.

Informations pratiques

Adresse

Horaires d’ouverture



Tarifs d'entrée :
    Plein tarif : 6.5 €
    Jusqu'à 25 ans : Gratuit

Fermé : 1er janvier, 1er mai et 25 décembre